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Articles avec #l'aube apres le naufrage catégorie

2014-12-21T13:52:06+01:00

L'aube après le naufrage

Publié par Cilmus

Aujourd'hui, je voulais évoquer une dernière fois le tableau de Turner : L'aube après le naufrage.

Voici donc ce que ce tableau évoque en moi...

L'aube après le naufrage

Ce tableau mesure 24,5 cm sur 36,2 cm. Il est peint dans un style figuratif.

Le thème de ce tableau est la plage, la mer.

On peut voir deux ou trois parties dans cette oeuvre. Tout d’abord, on remarque la grande place occupée par le ciel. La technique de l’aquarelle se prête bien à la réalisation des ciels avec les lavis ou les réserves de blanc. La mer coupe le tableau en une grande bande horizontale au milieu. Enfin, la plage occupe la dernière bande en bas.

Le titre mentionne un naufrage, mais on ne voit ni épave ni corps de noyé. Il ne reste plus de trace du naufrage, il semble que la mer s’est déjà apaisée.

Notre regard est d’abord attiré par la bande de mer bleu-noir au milieu qui ressort particulièrement sur les teintes pastels du reste du tableau. Ensuite, c’est le chien qui retient notre attention, petite tache sombre sur l’espace plat du rivage. Celui-ci est peint d’un lavis jaune/beige, rehaussé de taches violettes (complémentaire du jaune), jaune orangé et rouges (reflets des nuages en haut à droite). Puis le spectateur est attiré par la droite du tableau, que semble regarder le chien. Les nuages matinaux ont une couleur écarlate qui se réfléchit sur le sable au premier plan. C’est la seule tache rouge sur le sol et on se demande s’il ne s’agit pas aussi de sang, ce qui serait alors, avec le chien, la seule trace d’un drame qui se serait déroulé plus tôt. Le mouvement des vagues et l’écume suggèrent que la mer est beaucoup plus agitée de ce côté du tableau.

Au fond à gauche, une lumière franche et douce, dans les tons de jaune, est amenée par le fond violet (couleur complémentaire) qui semble être l’arrièreplan de l’océan.

Au-dessus, un croissant de lune, que Turner a représenté d’une simple réserve pour garder le blanc du papier, semble éclairer le sable en-dessous, lueur que le peintre a obtenue en dépigmentant cette surface de rivage.

La façon de dessiner ce paysage se rapproche assez de la façon de faire des impressionnistes avec un arrière-plan brumeux, à peine esquissé, peu de détails : le mouvement des vagues est suggéré par des coups de pinceau dans une teinte plus claire et, sur la droite, des réserves de blanc ou de la dépigmentation. Le chien est esquissé. Il est en contre-jour, nous sommes face au lever du soleil (au fond à gauche).

Malgré les touches de rouge et de jaune, le tableau a une majorité de couleurs froides (le ciel, d’un bleu très pâle, qui semble presque vert, à cause de la proximité du jaune du lever de soleil ; la ligne violette en limite d’océan ; la grande bande bleue de la mer et les ombres du sable peintes avec un lavis violet).

L’aquarelle étant une technique liquide, il n’y a donc aucune accumulation de matière dans cette oeuvre. Au contraire, il s’agit d’utiliser la blancheur du papier pour faire ressortir la lumière. Soit Turner a laissé des réserves de blanc (la lune, des morceaux de nuage en haut à droite, des vagues), soit il a dépigmenté (reflet de la lune, vagues, rivage).

Du bateau qui a coulé (évoqué dans le titre) il ne reste plus de trace : pas de matelots ou de corps rejetés par la mer. Sont-ils tous morts et au fond de l’océan ? Le seul “personnage” est un chien. A demi couché sur la plage, il semble hurler à la mort. Est-il le seul survivant ou bien est-il venu pleurer son maître sur le rivage ? Et que voit-il, hors cadre du tableau, sur la droite ?

Il se dégage de ce tableau un grand désespoir : la solitude du chien sur cette plage, sa faiblesse apparente (il ploie sur ses pattes arrières) et sa gueule ouverte vers le ciel. On pourrait presque l’entendre hurler.

De plus, les couleurs froides et l’éclat glacé de la lune sur le sable donnent une impression de matin froid et humide. Vue la taille du chien sur ce tableau, nous sommes juste des spectateurs lointains. Le chien ne regarde pas dans notre direction, il n’y a aucun autre personnage. Nous sommes loin de cette scène et la mer a recouvert toute trace de ce qui s’est passé cette nuit. On peut seulement se demander si elle rendra un jour les corps qu’elle a gardé après le naufrage.

Derrière l’apparente facilité de réalisation de ce tableau, Turner nous livre tout son savoir-faire : sa grande maîtrise de l’aquarelle et sa science de l’utilisation des couleurs (petites taches rouges, couleurs complémentaires, ...) nous livrent une histoire que chacun peut s’inventer ou réinventer à loisir.

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